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Assis au bord de la route,
Maigre, puant la misère,
Visage creux, cheveux en déroute,
Le front nu, en prière ;
 
Il n’a rien d’humain,
Il a tout d’un arbre mort,
Il a des gestes flous, incertains :
Ombre dans un corps !
 
Cependant sur son visage,
Paysage des saisons,
Vivent d’un divin éclairage,
Bonheur et Compassion.
 
Cette pauvre statue vivante,
Dans son chétif cœur,
Comme une mère aimante,
Porte l’humain malheur.
 
Le passant le voit à peine,
Car son esprit ne peut regarder si bas ;
— Tout esprit a son Mécène, —
Et les esprits ne se mesurent pas.
 
Que quémande ce mendiant ?
Une pièce ? Du pain ? Un habit ?
— Non ! Cela est, hélas, insuffisant,
Et ne peut réveiller l’esprit.
 
Il mendie votre Regard,
Trop haut pour ses yeux
Qui, allant de toutes parts,
Cherchent la lumière des cieux.
 
Où que vous alliez, il vous semble
Le voir ; Dans votre chambre,
Dans vos rêves qui ressemblent
À ces paysages de Décembre…
 
Il vous suit, il vous accompagne,
Tel un fidèle valet dévoué ;
Aussi dans la ville et à la campagne,
Il est là. L’orphelin, l’Oublié.
            Parfois il vous appelle
D’une voix inouïe, et brusque,
Parfois il ose, le Rebelle !
Il ose, timide lambrusque !
 
Et de ses mains rocailleuses,
Il essaie, vivante statue !
De prendre votre main paresseuse,
Qui méprise les Inconnus !
 
Ô n’aviez-vous, en vous-même,
Jamais vu cet homme,
Cet homme pauvre, au front blême,
Dire : « Nous sommes… » ?
 
                                                                          F. NOUMARK WILFRIED KAMENAN

[1] Gaspare Traversi (vers 1732-1769), Mendiant accroupi, Huile sur toile — 55 x 68 cm, Narbonne, Musée d’art et d’histoire, Photo : Musée de Narbonne
 
Tag(s) : #Poésie

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